Les Travailleurs Handicapés et l'intérim
20 avr 2009 à 18h03 par Jean-Yves StollmeyerQuel rôle du travail temporaire dans l’emploi des personnes handicapées ?
L'enquête réalisée par l'Observatoire du Travail Temporaire et l'Agefiph nous éclaire sur la vision des Travailleurs Handicapés et des Entreprises Utilisatrices par rapport à l'intérim...
Rappel des principes de la loi du 10 juillet 1987 :
La Loi du 10 juillet 1987 impose à tout établissement de 20 salariés et plus un quota d’emploi des travailleurs handicapés, à hauteur de 6% de leurs effectifs. Cette obligation a été renforcée par la Loi de 2005, qui intègre notamment un durcissement des sanctions, un changement du mode de
calcul du taux d’emploi et l’élargissement de l’obligation au secteur public. Néanmoins, les dernières données disponibles montrent que le taux d’emploi national des travailleurs handicapés dans les établissements assujettis s’élève toujours à 4% (si l’on tient compte du mode de calcul
antérieur à la Loi de 2005), et chute même à 2,7% avec le nouveau mode de calcul. En outre, en 2001, une étude du CREDOC sur la prévision du taux d’emploi avait montré que, derrière cette apparente stabilité du taux d’emploi au cours du temps, se cachent des mouvements importants.
Dans ce contexte, l’Observatoire du Travail Temporaire a souhaité réaliser une étude portant sur le rôle du travail temporaire dans l’emploi des personnes handicapées.
Plus précisément, cette étude a pour finalités :
- de dessiner un panorama des acteurs prenant traditionnellement en charge l’insertion professionnelle et l’emploi des travailleurs handicapés
- de proposer un profil des personnes handicapées sur le marché du travail
- de mettre en évidence les points communs et différences entre travailleurs handicapés en emploi, en intérim et en recherche d’emploi
- de croiser les regards des TH eux-mêmes, des Entreprises Utilisatrices du travail temporaire et des ETT sur l’emploi de personnes handicapées
1. Les Travailleurs Handicapés intérimaires
Qui sont les Travailleurs Handicapés intérimaires ?
• Comme l’ensemble des travailleurs handicapés, les TH intérimaires sont majoritairement des hommes (67%), mais de façon moins écrasante que les intérimaires dans leur ensemble (72%).
• Les intérimaires handicapés sont beaucoup plus âgés que l’ensemble des intérimaires (moyenne d’âge : 40 ans), mais moins que les TH en contrats classiques ou demandeurs d’emploi.
• Comme pour l’ensemble des personnes handicapées, les problèmes de santé des TH intérimaires sont essentiellement liées au dos ou aux membres inférieurs et supérieurs (67% des cas).
• Principales difficultés au travail entraînées par le handicap : le port de charges, la position debout
ou la position assise.
• Les TH intérimaires ont des niveaux de qualification très faibles, tout comme les TH demandeurs d’emploi.
• Les TH intérimaires sont fortement représentés dans l’industrie. Ils travaillent moins dans le BTP que les intérimaires dans leur ensemble, mais plus que les TH en contrats classiques. Ils travaillent autant dans le tertiaire que les intérimaires dans leur ensemble, mais beaucoup moins que les TH en contrats classiques.
• Les trois quarts des TH intérimaires se classent parmi les ouvriers, 16% sont des employés, le reste des cadres et professions intermédiaires. Cette répartition est très proche de celle des intérimaires dans leur ensemble. En revanche, la part des ouvriers est bien plus forte que chez les TH en contrats classiques et les TH demandeurs d’emploi.
Parcours professionnels des TH intérimaires
• Quels parcours professionnels ont les Travailleurs Handidapés intérimaires ?
• Si 90% des TH intérimaires ont déjà connu au moins un contrat stable (CDI ou CDD d’au moins 6 mois), 70% déclarent avoir connu des difficultés pour trouver ce type de contrats. Ils relient nettement cette difficulté à leur handicap, devant leur manque de compétence et d’ expérience.
• Les TH intérimaires ont tendance à évoquer spontanément leur handicap lors des processus d’embauche : le tiers le mentionne dès le CV, les deux tiers en parlent lors des entretiens.
• Au moment de l’enquête, les deux tiers des personnes interrogées travaillent. Parmi les travailleurs, on trouve plus d’hommes et moins de jeunes (comme dans l’ensemble de la population active). A noter : le chômage touche plus les employés que les ouvriers.
• Au moment de l’enquête, la moitié des personnes interrogées est en cours de mission d’intérim (ce qui équivaut aux trois quarts des travailleurs), essentiellement à temps complet.
• Quant aux TH intérimaires sans emploi, ils sont presque tous passés par l’ANPE (95%), et 80% ont déjà rendu visite à une structure spécialisée dans l’emploi des travailleurs handicapés.
• Ces TH au chômage recherchent avant tout des postes d’ouvriers qualifiés et d’employés. De fait, il y a deux fois plus de TH intérimaires sans emploi qui cherchent un poste d’employé que de TH intérimaires qui exercent ce type de professions.
• Quelles pratique et vision de l'intérim ont les Travailleurs Handidapés intérimaires ?
• Les TH intérimaires expliquent le choix de l’intérim avant tout par le souhait d’une intégration professionnelle durable, devant la nécessité d’un revenu rapide et la volonté d’élargir leurs compétences / connaissances professionnelles. Deux motivations apparaissent également significatives : le niveau de rémunération et le défaut d’emploi stable.
• 85% des TH intérimaires interrogés ont connu plusieurs agences d'intérim au cours des trois dernières années. Au moment de l’enquête, le nombre moyen d’agences par TH intérimaire se situe entre 3 et 4.
• Concernant la fréquence des missions, les TH intérimaires se répartissent à peu près équitablement en trois catégories : un tiers a effectué moins de trois missions en trois ans ; un tiers en a effectué entre 3 et 9 ; un tiers en a effectué plus de 10. A noter : le nombre moyen de missions effectuées (18) est largement supérieur à celui des entreprises fréquentées (4).
• Quant à la durée médiane du travail en intérim sur ces trois dernières années, elle se situe autour de 10 mois. Les plus âgés ont plus travaillé, ainsi que les hommes, les TH travaillant dans le BTP et les ouvriers.
• La durée des missions s’avère très variable, mais près de la moitié des TH intérimaires la jugent trop courte.
• Les TH intérimaires refusent peu de missions (près de 60% ne l’ont jamais fait). Les refus sont bien plus fréquents dans le secteur des transports, en lien avec la principale raison évoquée pour ces refus : l’éloignement.
• Globalement, l’intégration dans les entreprises utilisatrices se passe très bien (93% d’opinions positives). A noter : 15% des intérimaires handicapés ont déjà accepté un CDI à la suite d’une mission d’intérim.
• A peine 8% des intérimaires handicapés ont bénéficié d’un suivi spécifique par une agence d’intérim au cours des trois dernières années. Quand il existe, cet accompagnement particulier est varié : formations d’adaptation au poste, tutorat, information de l’employeur, sensibilisation du personnel. Le taux de satisfaction est fort : les deux tiers des personnes ayant bénéficié de cet accompagnement ETT le jugent plus efficace que celui de l’ANPE ou d’un CAP Emploi.
• 90% des TH intérimaires sont très satisfaits des services de leur principale agence d’intérim. Ils reconnaissent notamment la qualité de l’accueil et la fréquence des offres.
• Quant aux principaux avantages de l’intérim, on retrouve les motivations citées plus haut : le niveau de rémunération, l’effet tremplin vers un emploi stable et l’élargissement du champ de compétences. Du côté des inconvénients, l’instabilité de l’emploi, la déception en cas d’absence de tremplin vers l’emploi stable et l’éloignement domicile / travail.
• Enfin, les TH intérimaires rêvent massivement d’un contrat fixe pour la suite de leur carrière. A noter : un sur dix souhaite se mettre à son compte.
2. Les Entreprises Utilisatrices
• Quels profils pour les Entreprises Utilisatrices ?
• Les entreprises interrogées se répartissent à peu près équitablement en trois tiers, entre les moins de 20 salariés, les 20 à 100 salariés et les plus de 100 salariés. A titre de comparaison, les moins de 10 salariés représentent plus de 80% des entreprises françaises. Cette concentration dans les grandes structures est due à deux raisons conjointes : le recours à l’intérim et l’emploi des TH y sont traditionnellement plus forts.
• Du point de vue des secteurs d’activité, l’enquête auprès des entreprises utilisatrices confirme la place importante de l’industrie dans l’emploi des TH intérimaires (cf. enquête TH intérimaires) :
44% des entreprises interrogées relèvent de ce secteur, devant les services (15%), le commerce (15%) et le BTP (15%).
• Cette enquête confirme également la proportion importante des ouvriers parmi les TH intérimaires : autour des trois quarts, comme dans l’enquête auprès des TH intérimaires. La part des postes d’employés est également voisine dans les deux sources (un poste sur cinq).
• Concernant les types de handicap affectant les TH, on constate que ceux qui posent le plus de problèmes aux entreprises interrogées… sont les moins fréquents : déficiences sensorielles, troubles mentaux et du comportement, paralysies. A l’inverse, les entreprises craignent relativement peu les problèmes de dos ou de hanche, pourtant très répandus. On peut déduire de ce double constat un argument contre les préjugés des employeurs : « les TH ne sont pas tels que vous les imaginez ».
Insertion professionnelle des TH intérimaires
• Quelle Insertion professionnelle des Travailleurs Handidapés intérimaires ?
• Près de 90% des entreprises interrogées comptaient au moins un salarié TH au 31 décembre 2007 (tous contrats confondus). Près du tiers en comptaient au moins dix. Il s’agit en outre d’une tendance à la hausse : près de la moitié des entreprises utilisatrices ont déclaré avoir augmenté le nombre de leurs travailleurs handicapés en 2007. Les TH intérimaires bénéficient comme les autres TH de ce dynamisme des entreprises utilisatrices : le tiers des employeurs interrogés a embauché plus de TH intérimaires en 2007 qu’auparavant.
• En reliant les informations recueillies sur les secteurs d’activité des entreprises interrogées, les postes qu’elles proposent et leur dynamisme en termes de recrutement, on comprend que l’on se situe ici au coeur de la problématique des métiers dits « en tension » : ce sont chez les entreprises en recherche chronique de main d’oeuvre que l’on trouve à la fois un fort recours à l’intérim et la mise en oeuvre de dispositifs innovants pour recruter des publics éloignés de
l• ’emploi, publics dont font partie les TH. Quand elle existe, l’augmentation du nombre de TH est surtout attribuée à une démarche volontaire de l’entreprise, ou encore au fait que des salariés déjà en poste sont devenus handicapés. Néanmoins, on peut souligner qu’un quart des entreprises utilisatrices concernées évoque l’intervention de professionnels de l’emploi (ETT comprises).
• A l’inverse, quand le nombre de TH n’a pas augmenté lors de l’année 2007, c’est essentiellement par manque d’occasions favorables, c’est-à-dire de candidatures.
• Le contrat d’intérim est fortement utilisé pour les TH par les entreprises interrogées (les trois quarts le mentionnent en premier), loin devant les CDI et les CDD.
• Les entreprises utilisatrices ont une bonne connaissance de la loi de 2005 (près de 80% la connaissent).
• A noter : la connaissance des différents points de la Loi croît avec la taille de l’entreprise. Elles identifient également sans problème l’AGEFIPH (91% la connaissent), et plutôt bien les CAP Emploi (75% de notoriété). Cette bonne connaissance des professionnels de l’insertion des TH est probablement liée au dynamisme général des entreprises utilisatrices en matière de recrutement (cf. précédemment).
• Quels pratique et vision de l'intérim ont les Entreprises Utilisatrices ?
• Près du quart des employeurs interrogés déclarent avoir bénéficié de services spécifiques des ETT pour leurs TH intérimaires. Ce taux est nettement plus élevé que celui issu des réponses des TH intérimaires (8%). En fait, les entreprises utilisatrices intègrent des éléments peu visibles pour les TH intérimaires eux-mêmes : information de la DRH, sensibilisation des collaborateurs…
• Le niveau de satisfaction sur l’ensemble de ces services, quand ils ont été rendus, est très élevé (entre 89% et 97% de satisfaits selon le service).
• Concernant les volumes de TH intérimaires employés, les niveaux sont très variables selon les entreprises utilisatrices. Dans les grandes lignes, un tiers n’a fait travailler qu’une seule personne handicapée en intérim depuis 5 ans ; un tiers en a fait travailler deux ou trois ; un tiers en a fait travailler plus de trois. Logiquement, les volumes augmentent avec la taille des entreprises.
• Le nombre de missions d’intérim réalisé est plus élevé, puisqu’une entreprise sur deux a signé au moins 4 contrats d’intérim pour des TH depuis 5 ans. Ce résultat confirme les déclarations des TH intérimaires : les cas de missions multiples dans la même entreprise sont fréquents.
• Quant aux postes attribués aux TH intérimaires, ils se révèlent peu spécifiques du type de contrat (les intérimaires ont les mêmes missions que les permanents) et pratiquement pas spécifiques du fait du handicap (les TH ont les mêmes missions que les valides).
• On relève un fort taux de transformation en CDI/CDD pour les TH intérimaires, puisque près d’un employeur sur deux mentionne une expérience de ce type. Ce taux est nettement plus élevé que celui issu des réponses des TH intérimaires (15%). Deux raisons à cela : d’abord, on incluait ici dans la question les CDD (pour les TH, on ne parlait que de CDI), ensuite, les employeurs peuvent avoir tendance à intégrer des embauches décalées dans le temps, voire concernant d’autres TH que ceux ayant effectué la mission d’intérim.
• Un peu plus d’un tiers des employeurs déclarent rencontrer des problèmes particuliers pour recruter du personnel handicapé en intérim (manques de candidature, etc.). Parmi les aides disponibles pour recruter des TH intérimaires, les plus incitatives sont les aides aux aménagements de postes, la sensibilisation des DRH et les incitations financières.
• A noter : en marge de la question du travail temporaire, il apparaît qu’une très forte majorité des employeurs interrogés savent que les ETT peuvent leur proposer des candidats (TH ou non) lorsqu’ils cherchent à recruter en CDD ou en CDI. En outre, comparées à divers acteurs de l’insertion professionnelle des TH, les ETT sont généralement jugées autant crédibles, voire plus crédibles sur la sur la problématique du recrutement en CDD/CDI.
Quelle perception du handicap et des travailleurs handicapés ont les Entreprises Utilisatrices ?
• A l’aide d’une analyse lexicale, une tendance lourde a pu être mise en évidence dans les représentations des employeurs : aujourd’hui, le travailleur handicapé est moins défini par rapport à son identité personnelle (parcours de vie, expérience du handicap…), que par rapport à son identité professionnelle (parcours dans l’emploi, compétences…).
Autrement dit, on « oublie » le fait que le travailleur handicapé est une personne « à part », et l’on affirme se concentrer sur les caractéristiques strictement professionnelles des uns et des autres. Cette vision professionnalisante, qui se veut neutre et constructive, n’est pas exempte de risque : on peut y voir une tendance à nier la différence de fait qui existe entre un travailleur valide et un travailleur handicapé. Cette négation peut être dangereuse, puisque le levier « humaniste » ne fonctionne plus.
Téléchargez l'enquête complète "les travailleurs Handicapés et l'intérim" (5 Mo)
Source : ©10.2008 OTT - Observatoire du Travail Temporaire
56 rue Laffitte - 75320 Paris cedex 09
Tél. : 01 55 07 85 85 - Fax : 01 55 07 85 86
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